Originaire de La Ferté-Macé en Normandie, David Deroy s’est fait un nom en Bretagne en tant que luthier, depuis 2003. Fraîchement grégamiste, il m’emmène à bord d’une Panhard Levassor en direction de son atelier, situé à Vannes. C’est parti pour une rencontre avec un véritable passionné qui, pourtant, n’était pas prédisposé pour ce métier.

Le coup de foudre

Tout commence pendant son enfance. Aucun membre de la famille de David n’est luthier ou même musicien. Son premier lien avec le bois s’effectue grâce à son grand-père qui est alors raboteur de parquet (et oui ! ça existe !). Cependant, il se met à la guitare électrique à l’adolescence : un premier pas vers la musique certes, mais toujours pas vers la confection d’instruments en bois. Pas très bien loti, David a un professeur de musique au collège qui n’enseigne malheureusement pas d’instruments, mais qui décide un jour de montrer à ses élèves une vidéo sur un luthier. Et là, la première étoile dans les yeux de David se met à briller. En parallèle, il fait la connaissance d’un monsieur accordeur de piano et collectionneur d’objets/jouets anciens, qui s’occupe aussi de l’association locale du patrimoine. Ce dernier prend David et sa bande de quelques copains, de 14-16 ans,  sous son aile et les forme à faire visiter l’église et la chapelle locales. Ce monsieur a également ponctuellement besoin de coups de mains pour poncer et nettoyer les pianos qu’il accorde. Lors de ses visites régulières, David se prend de passion pour les objets qui se trouvent chez ce monsieur jusqu’au jour où il découvre, parmi eux, un violon. La deuxième étoile dans ses yeux se met à briller à son tour. Il fait alors son stage de troisième chez un sculpteur sur bois pour mieux faire connaissance avec le matériau. Lors de cette dernière année au collège, David retourne dans son ancienne école primaire avec ses copains à l’occasion d’un concours de belote. Peu passionnés par le jeu mais plutôt par les 400 coups, ils entreprennent alors de visiter les caves de l’école. Soudain, logés dans un coin obscur de la pièce, deux silhouettes d’étuis en bois se dessinent. David les ouvre et quelle n’est pas sa surprise de découvrir deux objets à cordes frottées… un violoncelle et une contrebasse ! Il flashe sur la forme et la beauté des instruments. C’est alors un réel feu d’artifice qui opère dans les yeux de David et tout devient une évidence, il sera luthier.

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L’épopée fantastique

Mirecourt : l’école du luthier

Commence alors une véritable aventure. Il se renseigne, emprunte des livres et des encyclopédies à la bibliothèque municipale (et oui, Internet n’existe pas encore à ce moment-là) pour tout savoir sur la lutherie. Dans un même temps, le monsieur accordeur lui dit qu’il connaît un luthier et qu’il peut aller passer une journée à Caen dans son atelier. L’aubaine pour David, qui, dès son retour se renseigne sur la formation. Il trouve le numéro de téléphone de la Chambre Syndicale de la Facture Instrumentale. Il a 14 ans, il peut être formé (l’âge limite étant 17 ans) mais il y a une seule école, à Mirecourt dans les Vosges, et seulement 7 candidats sur 100 sont sélectionnés par an. David n’en démord pas. Même s’il n’a jamais fait de violon, il ira à Mirecourt. La chance continue de lui sourire puisque l’apprenti du luthier de Caen vient de cette école. Ce dernier lui fait donc faire les tests manuels d’admission à l’école. Ensuite, il ne peut compter que sur lui-même, il doit remplir un dossier scolaire béton. Le monsieur accordeur lui prête un violon et une méthode sans solfège. En deux mois, David se met à apprendre le violon avec un motivation sans faille. Bonne nouvelle, il est pré-sélectionné sur dossier et fait donc partie des 25 premiers sur 100 candidats. Le plus dur reste à venir. Il faut désormais passer une batterie de tests de lutherie et de tests psychotechniques. David ne se défile pas et c’est ainsi qu’il fera partie des 7 candidats qui auront la chance de se former au métier de luthier.David passe donc trois ans dans les Vosges – entre cours généraux, lutherie et apprentissage du violon – à l’issue desquels il obtient son diplôme de facture instrumentale.

Angers : la première expérience en atelier

Au bout des ces trois ans, le choix s’offre à lui de continuer et de se spécialiser encore pendant deux ans ou de prendre la route. « J’en avais un peu marre des Vosges et j’avais envie de bouger » : le choix est vite fait. Il postule à Angers chez le luthier renommé Jacques Bauer et est embauché pendant deux ans. Parallèlement, il rencontre des musiciens qui jouent du violon irlandais et aussi l’association des bretons d’Anjou : « grâce à cette asso, j’ai pu aller à mon premier Fest-Noz ». Son expérience à Angers se passe bien mais David a besoin d’assouvir sa soif de connaissances en anglais. En effet, dans la lutherie beaucoup de choses se déroulent dans la langue de Shakespeare : termes techniques, business d’instruments anciens, ventes aux enchères. De plus, tous les meilleurs restaurateurs de violons se trouvent à Londres.

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Londres : the best way to learn

Avec toute sa détermination, il décroche un entretien dans l’atelier londonien assez réputé Morris and Smith. Il passe donc un an à côtoyer les plus beaux violons du monde, ceux des grands maîtres Stradivari, Guarneri, Bergonzi…Professionnellement, c’est l’épanouissement total. Personnellement aussi, puisqu’il assiste et participe à beaucoup de concerts de musique traditionnelle dans les pubs, avec toute une panoplie de violons.

Bruxelles : une fois 5 ans

Le contrat de David arrivant à son terme, il rentre en France mais pas pour longtemps, car il prend aussitôt la route direction Bruxelles afin de rejoindre un ami qui y travaille. A 21 ans, le CV de David est déjà bien chargé et le destin lui est plutôt favorable. En effet, la collègue de son ami doit partir à Paris et quitte son poste au sein de la Maison Bernard, ainsi que son appartement. Le patron le convoque immédiatement dans son atelier et l’embauche dans la foulée. David obtient donc un job et un appartement dans la capitale belge : que demander de mieux ? Il profitera de ses cinq années pour former un groupe de musique bretonne et participer à de multiples fêtes de rue, tout en faisant également les premières parties de groupes de punk et d’un groupe allemand. Tout se déroule à merveille pour David mais l’appel de l’indépendance raisonne en lui. Il pense à la Belgique pour s’installer à son compte, mais il n’est pas prêt à être bilingue français-flamand. Et puis, il a envie de retrouver une ville à taille humaine. Il rentre en France.

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La France : l’installation à Vannes

Un ami de Mirecourt lui propose de travailler avec lui dans l’atelier qu’il est en train de créer à Saintes, en Charentes Maritimes. David le rejoint et y passera un an. En parallèle, il commence à explorer le territoire morbihannais pour trouver où s’installer. Il prend conseil auprès de Franck Ravatin déjà luthier à Vannes (avec qui il avait effectué un stage au Mans lors de sa première année d’école de lutherie). Franck Ravatin, dont la clientèle n’est pas locale, l’encourage fortement à créer son atelier. La chance lui sourit encore puisqu’il croise Eric à St Patern, un violoniste de musique irlandaise qu’il avait rencontré auparavant : « On va aller voir Richard des Turlupains, le fournil associatif pour te trouver un lieu ». Ni une, ni deux, Richard lui montre la maison d’à côté qui cherche à louer un appartement/atelier. David visite et s’installe à St Patern en 2004. En avril de la même année, il participe à son premier concours de international de lutherie, à Londres : il y remporte le premier prix pour la fabrication de son violon.

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Un travail de passion

Petit à petit, l’oiseau fait son nid. En 2007, David s’associe à Cécile Thène, dont l’expérience s’est forgée au Canada et en Belgique. Elle se consacre essentiellement à la restauration, à l’entretien et au remêchage des instruments. Aujourd’hui, leur atelier se trouve 10 rue Abel Le Roy à Vannes, près de la gare. Les deux luthiers ont su s’implanter sur le territoire morbihannais et ont fait leur renommée. « On connaît tous les musiciens du conservatoire et aussi bien des musiciens classiques que des musiciens traditionnels ». David parle de son métier avec passion. Sa motivation est absolue lorsqu’il doit créer un violon ou en rénover un qui sort du grenier… « Quand je regarde les violons de Guarneri del Gesù ou quand je viens de finir de fabriquer un violon, je suis motivé pour faire encore mieux avec le suivant ». Patience, minutie, concentration, tout est dans la finesse des détails. De nombreuses qualités sont nécessaires à ce travail que l’on peut très clairement qualifier d’orfèvre. Un comble non ?

► Retrouvez l’atelier de David :

10 rue Abel Le Roy
56000 Vannes
Site Web : www.deroy-luthier.com
Facebook : @luthiersvannes

© Mairie de Grand-Champ / Poupi Le Nuage