Né en février 1913, Joachim Allanic a 103 ans et se retrouve donc doyen de Grand-Champ. Le jeune homme qu’on appelle « Chim » n’a pourtant pas eu la vie facile… Pupille de la Nation dès 1915 (son père meurt pendant la Première Guerre Mondiale), il va à l’école de 6 à 12 ans et commence à travailler à la ferme à 14 ans. Sa maman décède juste avant son service militaire. Menant une « vie de patachon » avec son petit frère, il apprend à se débrouiller et à « faire de l’argent pour manger. »

Prisonnier de guerre

En 1939, il se marie et part à la guerre. C’est quelques mois plus tard qu’il est fait prisonnier et là commence le long périple de déportation vers l’Allemagne : marche à pied, wagons à bestiaux, péniches à charbon, à chaux… « certains ne supportaient pas » me dit-il. Au début, c’est au stalag de Dortmund qu’il est fait prisonnier puis dans un autre camp plus gros ensuite. C’est ainsi qu’il passera 5 ans sous les ordres des Allemands, à travailler en ferme ou en usine d’armement. En 1944, on leur propose ce qu’on appelle les « faveurs ». Ceux qui veulent, peuvent travailler en tant que prisonnier libre : ils sont payés et peuvent sortir dans les cafés. Par contre, cela signifie pas de colis de la croix-rouge… La même année, il essaie de s’enfuir en s’attachant sous un train, il se rend vite compte qu’il n’y arrivera pas et abandonne l’idée.

Alors qu’il travaille dans une usine d’armement, il est toujours en équipe avec des Allemands, « ils n’étaient pas mauvais« , certains cachaient des pommes dans des tiroirs pour les prisonniers français. Un jour, il écrit dans une lettre que les Allemands vont diminuer la ration de nourriture. Evidemment, les courriers sont ouverts et vérifiés. Il est convoqué dans un bureau, il pense qu’il va y passer… « Vous n’avez pas assez à manger ? Vous savez ce qui vous attend ? On va vous envoyer dans un autre camp !  » . Joachim échappe au pire, finalement il n’aura rien.

En 1945, il est libéré par les Anglais. Il a 30 ans. Le jour où il rentre est un dimanche, il n’avait pas prévenu qu’il rentrait. Il se pointe à la sortie de la messe pour retrouver sa femme. Même s’ils s’écrivaient pendant la guerre, le doute de le retrouver vivant ou mort était toujours existant…

L’après-guerre

En 1946, son fils Raymond naît. Après la guerre, tout est détruit, il n’y a plus de marchandises. Il part travailler dans une scierie pour fabriquer des caisses à poissons à Bieuzy-Lanvaux. Puis, Lorient démolie, il y a besoin de beaucoup de main d’oeuvre pour tout reconstruire. Il y travaille pendant plusieurs années, dans le bâtiment. Ensuite, il revient à Bieuzy-Lanvaux où il travaille dans la fabrication de lits et de mobiliers pour hôpitaux..

En 1975, il part à la retraite. Il a une petite « tenue » avec sa femme et donc ils possèdent quelques vaches à lait. Il y travaille encore une dizaine d’années. Définitivement retraité, il s’occupe en bricolant, en jardinant… A 103 ans, il prend toujours sa bêche ou sa binette de temps en temps !

Quand on lui parle d’aujourd’hui

Avec le progrès et la suppression de main d’oeuvre, Joachim a des doutes quant à l’avenir du monde : « Je me demande ce qu’on va faire des gens. Qu’est-ce qu’on va faire d’eux ? De la confiture ? ». Joachim estime que c’est la santé qui joue beaucoup sur le moral. « Aujourd’hui on ne fait pas attention à ce qu’on mange. Pourquoi est-ce qu’il y a autant de personnes qui perdent la boule à 70 ans ? Les gens deviennent maboules avec la nourriture, l’air pollué… ». Il aimerait que les gens portent plus d’attention les uns aux autres « On ne prend plus le temps de discuter… un jour viendra, où il y aura un gros coup de chamboule et les gens auront besoin de Pierre ou de Paul… ». Visionnaire ? Je ne pense pas. Réaliste, oui.

Une chose est sûre « celui qui ne profite pas, tant pis pour lui ! »

© Mairie de Grand-Champ / Poupi Le Nuage